Les postures possiblement adoptées par un Ingénieur Pédagogique.

Le très bon livre de C. Pélissier et S. Lédé de l'Université de Montpellier Paul Valéry :

Structure du livre, rédigée par l' IA :

Introduction

Les ingénieurs pédagogiques accompagnent la conception, l'implémentation et la gestion de dispositifs de formation en ligne. Ils sont également engagés dans des projets au sein desquels ils incarnent et stimulent des changements de pratiques pédagogiques, managériales et organisationnelles.

Mobilisés autour de technologies numériques mais aussi d'aménagements d'espaces ou d'accompagnements d'acteurs, ces professionnels, dont le métier est en cours de déploiement, constituent une ressource humaine transversale. Ils sollicitent différents agents, partenaires, services, organisations à plusieurs niveaux (macro, méso et méta), selon une stratégie de formation, économique et sociale, qui prend en compte la taille, les spécificités et les orientations politiques de chaque structure.

Cet ouvrage s'intéresse à ce métier dont le périmètre d'intervention reste encore à circonscrire et à stabiliser. À partir d'exemples concrets et de témoignages autour des fondements théoriques, de l'histoire du métier et de ses activités ordinaires (partie 1), le livre montre comment ce métier se transforme, s'adapte aux nouvelles demandes et à l'environnement économique et social (partie 2). Des perspectives d'évolutions individuelles et collectives (partie 3) sont également évoquées pour projeter le futur de ce métier.

En décembre 2019, au moment où nous marquions la clôture de l’action IDEFI (Initiatives D’Excellence en Formations Innovantes) par un colloque international de trois jours, l’un des thèmes de réflexion choisis fut, tout naturellement, les nouveaux métiers dont nous avions vu l’émergence au cours de ce programme pionnier, tant par le nombre de projets lauréats et d’établissements financés, les sommes apportées, que par l’inscription de l’innovation ou de la transformation pédagogiques dans les plans d’investissements pour l’enseignement supérieur. Parmi ces métiers figuraient, à la première place, les ingénieurs pédagogiques.

Douze semaines plus tard, la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 a amplifié ce constat. L’enseignement supérieur a pu bénéficier de l’engagement et du concours des ingénieurs pédagogiques et de tous les métiers, plus largement, de l’accompagnement pédagogique. 

Pour la gouvernance des établissements, ils sont apparus comme les « urgentistes » indispensables. Si une nouvelle visibilité leur a été accordée, beaucoup d’enseignants ont tout simplement ainsi découvert – avec reconnaissance – l’existence de ce qu’ils croyaient être un nouveau métier. À leur façon, totalement indépendante, et à des échelles diverses, ce colloque et la nécessaire continuité pédagogique ont signalé l’émergence du métier d’ingénieur pédagogique. « Émergence », et non naissance : c’est-à-dire apparition dans la conscience commune, révélation massive d’une réalité de plus longue date et présence désormais bien ancrée et visible dans le paysage.

Partie 1. Fondements scientifiques et histoire du métier

Ce chapitre propose de montrer comment l’ingénierie pédagogique s’est inspirée de différents modèles d’apprentissage. Dans une présentation non exhaustive, nous avons retenu ceux qui ont particulièrement contribué à son développement, tels que l’Instructionnal design, les modèles ADDIE et MISA, le constructivisme, la taxonomie de Bloom et de ses successeurs, pour conclure par un dispositif comme les MOOC. Nous verrons en quoi ces positionnements théoriques, méthodologiques et pédagogiques ont forgé le travail de conception et ainsi les activités professionnelles de l’ingénieur pédagogique.

Partie 2. Activités d’accompagnement des acteurs

Les évolutions successives dans l’enseignement supérieur conduisent les ingénieurs pédagogiques à s’adapter aux différents contextes : de la mise à disposition de ressources à l’accompagnement au développement professionnel en passant par la formation, l’assistance et l’accompagnement de projets. L’ensemble des modalités d’accompagnement que nous mobilisons veille à initier puis développer chez les enseignants une démarche réflexive. Nous proposons de décrire nos missions en partageant avec le lecteur nos défis, nos orientations, nos postures.

Au sein d’une structure d’enseignement supérieur, l’ingénieur pédagogique se positionne comme un facilitateur entre l’ensemble des acteurs. Si la dimension d’accompagnement des enseignants semble bien connue, on ne saurait oublier l’accompagnement des autres acteurs d’un établissement parmi lesquels figure la gouvernance. Auprès de celle-ci, l’ingénieur pédagogique est à la fois un expert du domaine pédagogique et un personnel transversal qui intervient dans une logique de guidage ou d’accompagnement en fonction des projets dans lesquels il est impliqué.
À travers l’exemple de l’École centrale de Marseille, nous allons montrer que l’ingénieur pédagogique agit comme un expert auprès de sa gouvernance pour lui permettre de réaliser les choix les plus opportuns dans le domaine pédagogique. Personnel transversal en prise avec les divers acteurs d’un établissement, l’ingénieur pédagogique accompagne et guide les organisations politiques de manière opérationnelle, stratégique, voire prospective. L’ensemble de ces interventions repose d’une part, sur l’expertise de l’ingénieur pédagogique et d’autre part, sur sa capacité à produire des indicateurs éclairant la gouvernance quant à la pertinence des actions proposées.

Partie 3. Un métier s’adaptant aux stratégies d’établissement

Depuis 2009, Avignon Université (AU) a mis en place une stratégie d’établissement incitative pour la transformation pédagogique et numérique des formations. Elle se décline par une valorisation des dispositifs innovants et une démarche qualité en matière de pédagogie. En adéquation avec les politiques nationales, cette stratégie apporte une constance des actions engagées dans l’établissement. Les ingénieurs pédagogiques sont les acteurs incontournables de ces actions, que cela soit à leur élaboration ou à leur mise en œuvre.

Les universités et établissements français disposent de leur propre stratégie pour leur numérique universitaire, qui s’appuie sur les acteurs (membres et usagers) de l’organisation. Cet article propose de porter notre attention sur la perception par des vice-présidents numériques d’universités des rôles d’un des membres, l’ingénieure pédagogique, considéré ici comme une fonction, dans une dynamique de continuum de la stratégie du numérique universitaire. Nous tenterons de démontrer que cet acteur possède une place privilégiée au sein de la structure, à la croisée de la technologie et de la pédagogie, mais aussi en articulation entre les politiques d’établissements et leur mise en place, parfois confrontés à la difficulté exprimée par les enseignants-chercheurs.

Partie 4. Professionnalisation des acteurs

Cette contribution propose d’aborder l’évolution de l’ingénierie pédagogique en contexte universitaire, à partir d’un questionnement sur la professionnalisation de ses acteurs, activités et services. À partir des cadres théoriques issus de la sociologie française des groupes professionnels, il s’agira de questionner les multiples dynamiques de professionnalisation qui traversent actuellement le métier d’ingénieur pédagogique et qui, selon des logiques plurielles, contribuent à sa régulation, son autonomie et sa reconnaissance au sein de l’institution universitaire. Cette analyse du présent nous permettra d’esquisser les défis que ce groupe professionnel, encore considéré comme émergent, devra certainement relever d’ici 2030.

À l’heure où la démarche qualité prend son sens dans l’accompagnement de tous les acteurs impliqués dans des transformations profondes des universités, ce chapitre questionne les missions que peut assurer l’ingénieur pédagogique (ou son service) dans l’accompagnement de la mise en place de cette démarche. Situé à l’interface entre les acteurs de terrain et les décideurs, dans une approche transversale, l’ingénieur pédagogique trouve sa place comme facilitateur de déploiement d’actions transparentes, explicites, diffusables et adaptées à différents contextes, proposés par le service qualité. Ainsi, nous positionnons les activités de l’ingénieur pédagogique comme pouvant intervenir dans celles menées par un responsable qualité. L’ingénieur pédagogique et multimédia est un acteur essentiel de la stratégie pédagogique de l’établissement. Son champ de compétences s’est élargi avec l’arrivée concomitante des concepts d’espaces d’apprentissage innovants et du numérique comme vecteur de transformation. Il doit s’inscrire dans une démarche codesign avec l’ensemble des acteurs de la communauté pédagogique à tous les niveaux (institutionnel, national et international) pour répondre aux enjeux de l’apprentissage

Les différentes contributions de cet ouvrage offrent un regard complémentaire sur la genèse de l’ingénierie pédagogique (chapitre 1) et sur l’histoire du métier d’ingénieur pédagogique dans l’enseignement supérieur (chapitre 2). Parmi les diverses missions de l’ingénieur pédagogique, l’accompagnement apparait comme la pierre angulaire, car s’adressant à des publics variés tels que les enseignants (chapitre 3) ou la gouvernance (chapitre 4). Il s’inscrit dans une stratégie d’établissement de transformation pédagogique des enseignements (chapitres 5 et 6). Pourtant, le caractère transversal de ce métier l’amène à exercer d’autres types de missions en tant que contributeur d’une démarche qualité (chapitre 8) ou d’aménageur d’espace pédagogique (chapitre 9). À ces missions, il faut ajouter le rôle des ingénieurs pédagogiques dans les activités de recherche qui reste dans une posture ambivalente (Péraya, 2011).
En reprenant la typologie proposée par Julie DENOUËL dans le chapitre 7, les missions des ingénieurs pédagogiques peuvent s’ordonner en 3 catégories :

• La médiatisation qui concerne les dimensions plutôt techniques (telles que l’élaboration de dispositifs de formation à distance, la gestion de plateforme LMS ou encore la conception et la réalisation de ressources numériques).


• La médiation qui est focalisée sur les dimensions pédagogiques et relationnelles et s’articule autour du soutien aux apprenants et du développement pédagogique des enseignants.


• La recherche, d’ordre assez diverse, puisque regroupant les lectures et recension de publications scientifiques, la mise en place et le dépouillement d’enquêtes qualitatives ou quantitatives ou encore la rédaction d’articles de recherche à visée praxéologique ou épistémique.